Présidence

Le Président Edouard Fritch réagit, dans une lettre ouverte, aux propos tenus par le père Auguste Carlson, lundi soir, au journal de Polynésie1ère.

 

"Cher Père Auguste,

J’ai été particulièrement choqué par une partie des propos que vous avez tenus lundi soir sur le plateau de Polynésie 1ère.

D’abord, si je pense que votre action a toute sa justification, permettez-moi de vous rappeler que beaucoup d’autres que vous se sont battus depuis de nombreuses années pour faire prendre conscience des conséquences négatives des essais nucléaires pour notre pays et nos populations. Il en est ainsi d’autres associations, et je pense notamment à Moruroa e tatou qui œuvre avec abnégation depuis 2001 pour défendre les victimes et faire reconnaitre les conséquences de ces essais, ou encore à Tamarii Moruroa, moins médiatique mais bien présent. Je ne passerai pas non plus sous silence le combat historique du Tavini Huiraatira.

Le débat que vous souhaitez au travers du référendum que vous proposez a, à mon sens, finalement déjà eu lieu depuis toutes ces années, et la question que vous souhaitez poser a déjà trouvé sa réponse : oui, l’Etat a bien une responsabilité en ce qui concerne les conséquences sanitaires, environnementales et sociales.

C’est d’ailleurs ce qu’a reconnu le Président de la République. Je vous rappelle, si vous les aviez oubliés, ses propos le 22 février 2016 devant les élus de la Polynésie française « Je reconnais que les essais nucléaires menés entre 1966 et 1996 en Polynésie française ont eu un impact environnemental, provoqué des conséquences sanitaires et aussi, et c’est un paradoxe, entrainé des bouleversements sociaux lorsque les essais eux-mêmes ont cessés ».

 

Mais avant lui, l’Etat, avec la loi Morin – même si elle est imparfaite – avait reconnu sa responsabilité dans les conséquences sanitaires et pour l’indemnisation des victimes, en Polynésie française comme en Algérie.

 

Ceux qui vous ont précédé pour faire prendre conscience à l’ensemble de nos compatriotes que les essais avaient été néfastes et que l’Etat devait le reconnaitre devraient vous amener à beaucoup plus d’humilité dans vos propos.

J’en viens maintenant à ce qui m’a réellement choqué dans vos propos quand, répondant à la question du journaliste, vous avez déclaré ne pas être entendu par les élus et le gouvernement dont vous vous étonnez du silence. Pire, vous affirmez que vos demandes de rencontres sont restées lettres mortes.

Le gouvernement, et moi en particulier, n’est pas silencieux dans ce dossier qu’il a mis au cœur des discussions avec l’Etat. Vous connaissez d’ailleurs parfaitement ma position puisque je vous ai convié à partager le pain à la présidence le 17 mai 2016. Vous ne pouviez être présent, aussi avez-vous délégué le vice-président de votre association pour évoquer cette question, en compagnie de Moruroa e tatou et Tamarii Moruroa, juste avant mon déplacement à Paris où je devais aborder ce dossier avec les représentants de l’Elysée, de Matignon, des ministères des Outremers et de la Défense. Je peux donc affirmer que nous nous sommes bien rencontrés et que nous avons débattu.

Par ailleurs, vous aviez déjà eu personnellement eu d’autres réunions à la présidence, avec moi ou avec les ministres de l’Environnement et de la Santé.

Parlant du silence du gouvernement, sans doute avez-vous eu une défaillance mémorielle.

Je vous rappelle également que le gouvernement a répondu favorablement à votre demande de subvention de fonctionnement de 1 million pour votre association 193, inscrite au dernier collectif budgétaire adopté par l’Assemblée de la Polynésie française.

Vous vous interrogez sur la « posture » du gouvernement. Permettez-moi de vous retourner cette interrogation, au point que je me demande, compte-tenu de la teneur de vos propos à l’égard du gouvernement, si vous ne vous êtes pas lancé dans une croisade politique qui s’éloigne du message que vous affirmez porter.

Pour conclure mon propos, je vous rappellerai également un passage de mon discours du 22 février devant le Président de la République : « Notre peuple, et vous en êtes bien conscient, comprend mal le fait qu’après avoir accueilli le centre d’expérimentation du Pacifique, nous soyons encore obligés, aujourd’hui, de nous battre pour faire reconnaître les conséquences humaines, sanitaires, environnementales et économiques qui découlent des expérimentations. Cette page doit être définitivement tournée et nous attendons des gestes forts de votre part pour résorber ce qui reste un traumatisme dans nos relations fraternelles ».

 

Soyez certain que j’ai à cœur, et le gouvernement avec moi, que l’Etat aille jusqu’au bout de ses engagements. Nous y travaillons  afin de pouvoir un jour définitivement tourner cette page traumatisante pour notre Peuple.

 

 

Soyez assuré, Cher Père Auguste, de toute ma fraternité."

 

Edouard FRITCH