DISCOURS

M. Edouard FRITCH

Président de la Polynésie française

Maire de Pirae

 

PRESENTATION DE LA DEMARCHE DE LA CONFERENCE DE LA FAMILLE

 

21 janvier 2016 à 10H00

Présidence de la Polynésie française

 

 

 

 

 

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

 

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Je vous remercie d’avoir répondu favorablement à mon invitation de ce jour.

 

Vous avez été aussi très certainement choqués, comme je l’ai été, face aux nombreux évènements violents dont la Polynésie a été le théâtre tout au long de l’année dernière.

 

L’un des plus marquants a été l’agression du jeune Sandy ELLACOTT, dont le décès s’en suivi. Il s’est toutefois inscrit dans toute une série d’actes similaires, qui tout au long de l’année 2015, ont fait régner un sentiment d’insécurité.  

 

 

 

 

Je repense notamment à la bagarre entre les quartiers ESTALL et PARAITA sur fond de trafic de stupéfiants ; à la rixe du Mac Donald’s de Papeete où une centaine de jeunes étaient sous l’emprise du komo ; à l’agression d’un adolescent devant la cathédrale pour un vol de téléphone et bien d’autres encore.

 

Si nous entendons une population qui n’en peut plus d’être témoin et victime de ces évènements et se mobilise à l’occasion de marches blanches, nous entendons également des agresseurs qui aujourd’hui n’hésitent plus à demander à la justice de prendre en compte leurs conditions de vie avant de les juger.

 

Ces derniers temps j’ai été très à l’écoute des personnes qui œuvrent dans ce domaine.

 

Une conclusion s’était alors imposée à moi : la délinquance n’est que le symptôme d’un malaise plus profond qui sévit au sein de nos familles polynésiennes.

 

En outre, en début de cette année 2016, le gouvernement est allé à la rencontre des principales confessions religieuses pour présenter ses vœux de nouvel an. A cette occasion, j’ai constaté que toutes les confessions religieuses vont placer, elles aussi, la famille au centre de leur préoccupation tout au long de cette année 2016.

 

 

 

 

Au mois d’octobre dernier, j’annonçais la tenue des assises de la famille. J’ai ainsi souhaité montrer à la population que nous avons décidé de placer la famille au centre de nos préoccupations car, de mon point de vue, elle est le premier lieu d’intégration sociale, de l’apprentissage de l’autorité et de la responsabilité. C’est en elle aussi que se développe la solidarité entre les générations et que se transmettent mémoire et traditions.

 

Mais compte tenu du périmètre très large que cela peut emporter, il m’est apparu nécessaire de concentrer notre action sur la cible que j’ai évoquée plus en avant. J’ai décidé de m’orienter non plus vers des assises de la famille, mais plutôt vers une conférence de la famille.

 

Pour ce faire, je souhaite m’appuyer des conseils éclairés de ce l’on appelle, dans la conduite de projet, des personnes ressources.

 

Vous faites partie de ces personnes reconnues comme tel au regard de votre implication dans ce domaine.

 

Vous constituez donc le Comité de Pilotage de ce projet, en charge de l’organisation de cette conférence de la famille, notamment en définissant les thèmes à aborder, et la méthode à appliquer.

 

L’objectif affiché est de disposer d’un plan d’actions pour la mise en œuvre d’une politique publique de la famille et de reconstruction du lien social.

 

 

 

 

En effet, comme partout ailleurs, les familles sont traversées par de profondes mutations : le travail des femmes, la diminution du nombre de mariages, l’instabilité conjugale impliquant des défaillances dans l’exercice de la fonction parentale, la monoparentalité, la recomposition familiale, la  recrudescence des jeunes familles nucléaires.

 

Ces modifications ont entraîné de nouvelles compositions familiales, une nouvelle représentation de l’autorité parentale, une nouvelle place de l’enfant dans la famille.

 

Transgresser les règles ne fait plus peur. Les interdits, lorsqu’ils sont perçus, ne sont réduits qu’à des indicateurs de comportement.

 

On connaît les règles, mais on se permet de les transgresser tant que personne ne nous attrape.

 

En définitive, plus nous avançons dans le temps, moins les valeurs de discipline, d’effort et de rigueur sont de mise.

 

C’est principalement ce qui m’inquiète.

 

J’estime que pour proposer des solutions adaptées, nous devrons nous pencher sur les facteurs de risque qui, s’ils sont présents dans une famille, peuvent favoriser l’adoption d’un comportement nuisible. (Exemple : trop grande permissivité des parents, maltraitance pendant l’enfance, lieu de résidence gangréné par la délinquance…).

 

 

Mais nous devrons également nous pencher sur les facteurs de protection qui en revanche, peuvent réduire la probabilité de délinquance (Exemple : Lien étroit et positif avec les parents, méthodes disciplinaires uniformes, intégration des familles à la collectivité…).

 

L’idée est qu’à terme, nous puissions proposer un plan d’action qui vise à réduire les facteurs de risque et à favoriser la présence de facteurs de protection. 

 

Toutefois, redonner aux familles la place et la fonction qui est la leur, suppose :

-         une volonté politique forte, traversant les frontières ministérielles et les programmes budgétaires,

-         coordonnant les objectifs gouvernementaux et les initiatives locales,

-         unissant dans un même combat des acteurs de tous horizons (civils, religieux et institutionnels), pour agir au plus près du phénomène, au sein de la plus grande intimité.

 

Je n’ai pas pour ambition de changer toutes les familles. Je suis conscient qu’il nous faudra beaucoup de temps pour atteindre cet objectif, mais je pense qu’il est temps d’amorcer la démarche.

 

Je souhaite que cette conférence illustre cette nécessité de cohésion et de coordination autour de ce que nous avons défini comme priorité absolue : la reconstruction du lien social.

 

 

 

J’attache également beaucoup d’importance à ce qu’elle ne soit pas une simple rencontre durant laquelle nous échangerons nos constats.

 

Car ces constats sont connus de tous mais finalement, très peu de solutions sont proposées.

 

De fait, il me semble raisonnable que les travaux préparatoires se poursuivent sur une durée de 6 mois, de façon à permettre la tenue de cette conférence au mois de mai voire juin 2016, car cela suppose un réel travail de fond, mêlant prospection puis réflexions plus techniques.

 

Vous serez libres de déterminer lequel d’entre vous présidera le comité puis la méthode de travail qui sera appliquée.

 

Je me permets toutefois de vous suggérer, compte tenu des ambitions, d’organiser, lors de cette conférence, des tables rondes par objectifs, de manière à mieux cibler les débats. 

 

Puisque nous aurons déjà réfléchi en amont au plan d’action, il ne sera certainement pas nécessaire de diviser les invités en ateliers. Cette conférence devra favoriser l’échange autour de ce plan d’action, qui permettra à terme, l’édition d’un manifeste pour la promotion des familles.

 

 

 

 

 

 

Enfin, pour conclure, je tiens à vous rassurer sur le fait que mon inquiétude pour la qualité des liens familiaux n’altère en rien mon intérêt pour les nombreuses autres problématiques des familles : le travail, la formation, le logement, la santé, les aides sociales…

 

Ce sont des sujets que bien évidemment, mon gouvernement s’attèle à traiter au mieux.

 

Nous avons organisé récemment les assises du logement.

 

En février, auront lieu les assises de la jeunesse et différents chantiers sont en cours dans chaque domaine. 

 

Mais je pense que si nous voulons faire des propositions de qualité, nous devrons traiter chacun des sujets successivement. 

 

Il est donc fort probable que l’année prochaine, voire dans deux ans, une autre réflexion soit menée. Elle pourrait porter sur la conciliation entre la vie professionnelle et la vie familiale ou encore sur la cohérence entre les aides publiques et les besoins.

 

En attendant, j’espère sincèrement vous avoir convaincu de l’intérêt de ma démarche pour le bien-être des Polynésiens et ainsi compter sur votre collaboration.

 

 

 

 

Mlle Tumata HELME, ici présente, assurera le secrétariat permanent du Comité de pilotage.

 

Soyez assurés, chers amis, que j’accorderais une attention toute particulière à la réussite de cette conférence. Il en va de notre capacité à tous, à vivre en société de manière harmonieuse.